L'Angleterre est bien partie dans les qualifications à l'Euro 2016, mais ne sait toujours pas ce qu'elle est.
9 points pris sur 9 possibles, 8 buts marqués, aucun encaissé. Le début de campagne de qualifications à l’Euro 2016 de l’équipe d’Angleterre est idéal. Oubliée la Coupe du Monde 2014 de deux semaines ? Les Three Lions repartent à la chasse, en plein renouvellement. Du groupe des 23 anglais envoyés à l’Euro 2012, seule une petite dizaine apparait dans la dernière sélection de Roy Hodgson, marquée par le retour de Stewart Downing, et la première cape de Saido Berahino.
Cette Angleterre est un joyeux bazar, fait de grands espoirs, - Barkley, Sterling et Berahino notamment, sans oublier Shaw et Chambers - de joueurs révélés sur le tard (Lallana, Chambers) et de ressuscités (Downing, et Carrick, malheureusement blessé). Au milieu de tout ça, Wayne Rooney, inamovible mais contesté, décevant lors du Mondial brésilien et concurrencé par l’émergence de jeunes talents plus rapides, plus frais, et qui, surtout, n’ont pas encore échoué. Depuis l’Euro 2004, l’attaquant de Manchester United n’a jamais brillé lors d’une compétition internationale. Raheem Sterling, en revanche, a étonné durant la dernière Coupe du Monde, notamment au cours d’une première période intrigante face à l’Italie. Sterlingjouait dans l’axe, Rooney sur le côté, comme si la hiérarchie du futur était légèrement pressée.
A la tête de la sélection anglaise, il y a un homme qui ne convainc pas grand monde si ce n’est ses joueurs. Cette semaine, Leighton Baines et Gary Cahill ont soutenu Roy Hodgson, un entraîneur critiqué pour ses tactiques conservatrices et sa communication parfois maladroite. Hodgson est toujours celui qui a laissé Liverpool au bord de la zone de relégation en janvier 2011. Il n'est plus vraiment celui qui a emmené Fulham en finale de la Ligue Europa en 2010. L’ancien manager de Malmö n’a pas fait taire ses critiques au Brésil, déployant une équipe déséquilibrée et inconstante, sans philosophie de jeu sinon celle du résultat. Alors quand le résultat n’est pas là…
Ces dernières semaines, Roy Hodgson s’est même brouillé avec Brendan Rodgers, l’entraîneur de Liverpool. Le second accuse le premier d’avoir causé la blessure de Daniel Sturridge, tandis que le premier se dit innocent. Un conflit qui symbolise le fossé générationnel entre Hodgson et les autres. Rodgers recommande un entraînement individualisé, selon le profil des joueurs (Sturridge étant explosif, le coach des Reds avait insisté sur des longs temps de récupération), le sélectionneur de l’Angleterre n’en voit pas vraiment le besoin, comme s’il n’avait jamais quitté les années 80, celles qui l’ont consacré en Scandinavie, une région où ses méthodes de l’époque étaient presque avant-gardistes.
A son arrivée à Liverpool, Hodgson s’était vite éloigné des idées de Rafael Benitez. Il avait établi un 4-4-2, demandé à ses joueurs de jouer long. Bref, de revenir en arrière, alors que toute une série de coachs étrangers (Wenger, Mourinho, Benitez, Martinez) avait démodé les vieux principes anglo-anglais. Après l’échec de Fabio Capello à la tête de l’Angleterre, l’Albion s’était retourné vers sa patrie : il fallait un anglais pour entraîner l’Angleterre, et la Fédération avait même pensé à Harry Redknapp avant de nommer Hodgson.
Aujourd’hui, pour mener une nouvelle génération habituée à être dirigée par des techniciens étrangers, et caractérisée par sa vélocité, faut-il vraiment un coach rétrograde ? Pour l’instant, tout va bien : les Three Lions sont en tête de leur groupe, avant un match face à la Slovénie ce samedi. Mais c’est peut-être le match amical mardi face à l’Ecosse, une nation qui a souvent rééduqué le football anglais, qui comptera le plus pour la formation de Roy Hodgson. Dès la fin du 19ème siècle, c’est l’Ecosse qui était en avance sur sa grande soeur, et non l’inverse. A moins de deux ans d’un Euro 2016 auquel les deux pays pourraient participer, et quelques semaines après un référendum qui a vu le Royaume rester uni, l’opposition s’annonce pleine de significations.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire