Le Real Madrid devra faire sans Luka Modric pendant trois mois. Quels choix s'offrent à Carlo Ancelotti et quelles conséquences ?
Trois mois sans lui. Le Real Madrid savait qu’il devrait faire sans Luka Modric, mais la durée d’indisponibilité du Croate a surpris son monde. Le joueur lui-même. “Je suis resté sans voix”, a confié l’ancien de Tottenham à la presse de son pays, parlant d’un “véritable choc”. S’il ne ratera pas la partie la plus importante de la saison, le deuxième mediocentro d’Ancelotti va manquer à la Maison Blanche. Accompagné de Toni Kroos depuis août, il avait poursuivi sur la lancée de sa saison 2013/2014 : de la sobriété, beaucoup d’extérieurs du pied, et surtout des facilités dans tous les domaines, dribbler, passer, tirer. Une association de rêve brisée par le destin. Alors comment va réagir Carlo Ancelotti ?
“Isco o Khedira”
Le technicien italien l’a dit, dans un long entretien accordé à la Radio Nacional de Espana. “Illarramendi n’est pas à 100%.” L’héritage de Modric se joue ainsi entre deux profils bien différents. Le subtil Isco, ou l’athlétique Khedira. L’Allemand a perdu sa place de titulaire depuis sa blessure au printemps dernier, mais il a rappelé lors de la Coupe du Monde 2014 qu’il n’était pas qu’un role player. “Kroos-Khedira est le duo champion du monde”, disait Ancelotti sur les ondes. Un duo costaud, au volume de jeu surdimensionné. Les deux hommes existent dans les deux phases de jeu, quelque chose qui n’est pas forcément du registre de leur coéquipier espagnol, avouait Carletto. “Isco n’a pas l’habitude de défendre au poste de milieu défensif. Le problème n’est que défensif. Durant la phase de possession, ça change peu de choses. (...) Nous allons essayer, et j’ai confiance en lui et en sa capacité à le faire.”
Défendre sur l’aile et dans l’axe, deux notions séparées par un fossé peut-être un peu trop grand pour les pattes d’Isco. Sur le côté, le néo-international ne fait que suivre son adversaire direct. Il se concentre sur le latéral qui lui fait face, et le presse quand il se retrouve en difficulté. Une tâche bien plus simple que le dédoublement exigé d’un homme d’axe : penser et bouger en même temps, couper les lignes de passes et garder le bloc compact simultanément. Isco a déjà joué dans l’axe, à Malaga, mais c’était bien plus haut sur le terrain. Il n’avait pas à se préoccuper des projections adverses, ou des espaces dans son dos.
Le choix technique
“Nous voulons pratiquer un football de possession et de verticalité”, explique Ancelotti. Une intention corroborrée par les déclarations de Toni Kroos, qui racontait il y a peu à Suddeutsche Zeitung, journal allemand, que son coach souhaitait plus de contrôle et de possession dans le jeu du Real Madrid. Si l’ancien entraîneur du PSG insiste sur le besoin d’être efficace et de viser le but adverse, “Je n’aime pas les joueurs qui font une passe vers l’arrière quand ils peuvent jouer vers l’avant”, l’évolution madrilène tend vers plus de maîtrise et moins de phases sans ballon. Interrogé sur les ressemblances entre le Barça de Guardiola et son Real Madrid, il a d’ailleurs accepté la comparaison. “Cela me paraît correct.” Les Merengue élaborent et construisent plus que par le passé, même s’ils sont restés fidèles à certains principes légués par Mourinho (la qualité de contre notamment, entrevue face au Bayern Münich la saison passée). Le mois dernier, face au FC Barcelone, le Real Madrid a atteint 42% de possession, un chiffre bien supérieur à ceux vus durant l’ère du manager portugais. Le Barça a changé, lui aussi, mais c’est surtout dû à la métamorphose des champions d’Europe, qui jouent désormais sans véritable milieu défensif et avec plus d'ambition à la récupération du cuir.
Avec Kroos, Modric, Isco et James Rodriguez, le Real Madrid évolue parfois avec quatre joueurs originellement numéros 10. La maîtrise technique suit forcément. Ancelotti, à travers cette volonté de reconvertir Isco plus bas, indique son envie de continuer dans cette voie. Et c’est un jeu de chaises musicales qui devrait s’orchestrer. Isco passant dans l’axe, James Rodriguez récupérera alors l’aile gauche, tandis que Gareth Bale demeurera sur l’aile droite. Une opération qui a deux avantages : d’abord, elle permettra à Madrid de conserver un visage offensif similaire à celui offert avec Modric. Ensuite, elle met fin au duel médiatique entre Isco et Bale (organisé uniquement par les médias, jamais par les joueurs) pour une place de titulaire. Les deux hommes joueront, sans doute proches l’un de l’autre d'ailleurs, puisque Modric s’était approprié l’axe droit.
La phase défensive, et quid de Marcelo ?
C’est sans ballon qu’Isco souffrira le plus. Il l’a montré depuis le début de la saison, il sait presser. Mais sait-il anticiper ? Le Real avait eu la gueule de bois dans les quelques semaines qui avaient suivi le départ de Xabi Alonso, avant que Toni Kroos ne s'adapte et trouve une complicité avec Modric. Faire reculer Isco demande un nouveau temps d’adaptation, même si le club dispose d’une charnière centrale capable de se débrouiller toute seule et de compenser les manques de ses partenaires. “Nous avons trois des cinq meilleurs défenseurs centraux du monde”, affirme Ancelotti. Avec Modric et Kroos, Madrid avait aussi la plus belle paire de milieux d’Europe.
Si l’axe est la question majeure posée par l’absence du Croate, l’exil central d’Isco remet également en question le rôle de Marcelo. Ces dernières semaines, l’Ibérique et le Brésilien avaient forgé une relation technique particulièrement efficace. Droitier, Isco repiquait naturellement dans le 4-4-2 slash 4-3-3 du Real Madrid, ouvrant le couloir gauche à son coéquipier. Avec le retour de James Rodriguez sur ce flanc, comme en début de saison, l’espace d’expression de Marcelo sera-t-il réduit ? L’auriverde enchaîne les prestations grandioses depuis la fin d’une Coupe du Monde dont il est passé à travers. Revenu au niveau de sa saison 2011/2012, il est à nouveau l’arme tranchante dont sa formation a besoin pour élargir le jeu et casser les lignes adverses. James, en grand meneur de jeu, devrait vite le comprendre. Sans pour autant empêcher le Real Madrid de bégayer légèrement lors des prochaines rencontres. Par bonheur, les Madrilènes sont déjà qualifiés en Ligue des champions et ont jusqu’au 4 janvier avant de tomber sur une opposition sérieuse en championnat (Valence). “Nous avons peu de temps (pour essayer Isco dans l’axe, ndlr)”, regrettait Ancelotti. Dans le football, un mois et demi de tranquillité est déjà beaucoup

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